Un des pôles d'intérêt de la psychologie sociale génétique tient aux liens pouvant exister entre le développement de compétences sociales et le développement cognitif. La thèse selon laquelle le développement historique des opérations cognitives n'est pas à chercher dans l'interaction entre l'homme et le monde physique, mais dans les interactions humaines, a été avancée pour la première fois par Durkheim et Mauss (1903); elle a été développée ultérieurement par Piaget (1932). Cette approche ne part pas de l'hypothèse d'une détermination unilatérale d'un type de développement par l'autre, mais elle postule un développement en spirale, où des coordinations sociales rendent possibles des coordinations sociales plus élaborées, qui permettent à leur tour à l'enfant d'accéder à d'autres coordinations sociales plus complexes, qui sont elles-mêmes sources de développements ultérieurs. Si, pour Piaget, ce sont essentiellement des relations fondées sur la coopération qui favorisent le développement de la pensée rationnelle, une série d'études impliquant des relations d'asymétrie sociale ont montré que celles-ci sont aussi à même, sous certaines conditions, de favoriser le développement d'habiletés cognitives. En vue d'approfondir les connaissances en ce domaine, la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation de l'Université de Genève coopère depuis plusieurs années avec l'Istituto di scienze dell'educazione dell'Università degli studi di Bologna; les travaux ont déjà donné suite à une série de publications communes.