Un rôle variable selon les contextes
Les études de cas ont mis en évidence des différences importantes selon les contextes. Au-delà des particularités propres aux politiques d’intégration et de migration/développement dans chaque contexte, les différences s’expriment surtout au niveau du rôle attribué aux associations de la diaspora sénégalaise, en d’autres termes la reconnaissance de leur rôle, le soutien qu’elles reçoivent, ainsi que la consultation dont elles font l’objet au niveau des politiques. A Milan, les relations rapprochées qui se sont constituées entre les associations sénégalaises, les représentants étatiques et les ONG (ainsi que les syndicats), aussi en raison d’une politique initialement plus consultative, ont contribué à une plus grande reconnaissance des associations sénégalaises. Bien que des éléments considérés comme problématiques soient aussi présents, notamment la tendance de la part des ONG à parrainer les associations sénégalaises plutôt qu’à le considérer en tant que partenaires égaux – où ces dernières figurent le plus souvent en tant que partenaires ‘faibles’ et les ONG ‘forts’ – les associations sénégalaises sont soutenues, subventionnées par des appels à projets divers, surtout dans le cadre du co-développement, et reconnues dans leur double rôle ici et là-bas. A Paris, il existe certes une reconnaissance du rôle des associations villageoises pour le développement local du pays d’origine, mais l’insertion du co-développement dans le cadre de la gestion de flux migratoires (de la part du gouvernement) suscite des résistances tant auprès de la société civile française que de la part de certains acteurs associatifs migrants (y compris sénégalais). En ce sens, le co-développement apparaît comme une reconnaissance instrumentalisée aux yeux de plusieurs. Les collectivités locales ainsi que la Ville de Paris se différencient d’une telle tendance, en réaffirmant le rôle citoyen ici et là-bas des associations de migrants, et en adoptant une conception du co-développement comme impliquant à la fois l’intégration ici et le développement là-bas, comme c’est le cas à Milan, mais les tensions autour de cette politique demeurent très vives à Paris. Les associations de femmes sont reconnues en tant qu’actrices cruciales de l’intégration et de la lutte contre les discriminations, et dans une certaine mesure aussi les associations des jeunes, bien que les activités qui visent la promotion d’activités valorisant la culture d’origine soient conçues parfois comme difficilement conciliables avec le concept d’intégration plus républicain et universaliste français, malgré une politique affichée de promotion de la diversité. A Genève, la diaspora sénégalaise est présente dans les réseaux de la société civile (et parfois auprès de l’Etat) surtout au travers de représentants individuels, qui participent aux débats récents dans le cadre de la mise en œuvre de la politique nationale de migration et développement, où ils sont consultés par la DDC. Cependant, le rôle attribué à la diaspora ainsi que sa reconnaissance effective ne sont pas encore clairement définis. Les deux associations communautaires sénégalaises agissent de manière plus indépendante et autonome, en exerçant une fonction intégratrice au travers d’actions de promotion de la culture et des traditions sénégalaises, tout en gardant vivant le lien transnational avec le Sénégal. On ne peut donc pas encore parler d’une reconnaissance, d’une consultation et d’un soutien à la diaspora sénégalaise dans le cas genevois. Le renouvellement fréquent des membres de cette diaspora ainsi que sa taille réduite expliquent en partie ces dynamiques, car les membres associatifs installés sont plus insérés dans les réseaux. Néanmoins, une politique de reconnaissance de la diaspora et de ses associations ne fait que débuter en Suisse et à Genève, particulièrement au niveau de la contribution au développement des pays d’origine.
Parmi les éléments de convergence, notons la prédisposition des associations de femmes à s’engager plutôt dans des activités concernant l’intégration au sens large, en raison des problématiques familiales et d’insertion auxquelles elles sont confrontées. Elles manifestent aussi un engagement par rapport au contexte d’origine, favorisé par l’existence d’appels à projets dans le domaine du co-développement, ou alors, surtout en France, par l’engagement dans des activités de colonies de vacances pour les jeunes, visant au maintien des liens avec le pays d’origine, tout en assurant la relève au niveau de l’engagement des jeunes dans le développement des villages d’origine. Le rôle essentiel des associations religieuses (les Dahiras) dans les trois villes est également une constante, bien que les relations avec les autorités locales et les représentants d’autres religions soient plus importantes à Milan et à Paris qu’à Genève, aussi en raison d’une présence plus massive et ancienne de cette diaspora. Les engagements intellectuels et politiques envers le pays d’origine traversent également la diaspora sénégalaise des trois villes et attestent d’une volonté de participation politique aux décisions qui concernent autant la vie de la diaspora dans le pays d’accueil que le développement du pays d’origine. Les dynamiques observées auprès de l’ASE, qui entend représenter la diaspora sénégalaise en France, et notamment sa volonté d’influer sur les conventions qui lient le Sénégal à la France, se retrouvent aussi à Milan au travers de la FASNI. Cette fédération a aussi l’intention de représenter une entité qui puisse contribuer à ce que les accords entre le Sénégal et l’Italie soient plus favorables à la diaspora sénégalaise qui vit dans ce pays. Il s’agit là d’un rôle qui va au-delà de la simple contribution économique et sociale de la diaspora au développement, qui ambitionne de devenir un partenaire dans le décisions politiques qui concernent autant la vie dans le pays d’accueil que la politique sénégalaise, pour que celle-ci soit plus apte à agir en faveur du développement et à améliorer les conditions de vie de la population sénégalaise. Au niveau des gouvernements des pays d’origine et d’accueil le rôle consultatif et politique de la diaspora ne semble pas avoir attiré la même attention que son rôle économique (ou social). Cependant, il s’agit là d’une volonté qui se dessine tout particulièrement au sein de la diaspora sénégalaise dans les divers pays d’accueil, notamment en raison de l’imbrication entre aspects politiques (démocratie, bonne gouvernance, participation citoyenne) et aspects liés au développement. Les dynamiques observées auprès des associations montrent ainsi les interconnexions existantes entre les engagements associatifs, citoyens et politiques qui lient les espaces d’accueil et d’origine et qui sont caractéristiques du transnationalisme sénégalais.
Le rôle des associations sénégalaises et les liens entre l’intégration et le transnationalisme au niveau des perceptions des membres associatifs
Pour conclure, mentionnons quelques résultats de l’analyse quantitative du questionnaire administré aux membres associatifs, en particulier ceux qui concernent la perception de l’importance accordée par les entités étatiques et les ONG au rôle des associations sénégalaises, ainsi que les liens entre l’intégration et le transnationalisme. En confirmant les observations apportées au niveau des études de cas, à Milan les membres associatifs considèrent que les associations sénégalaises sont davantage soutenues et consultées pour ce qui est des activités d’intégration et de développement comparativement à Paris et à Genève. Au niveau de la reconnaissance de leur rôle, elle est élevée autant à Milan qu’à Paris, alors qu’à Genève la reconnaissance, le soutien et la consultation obtiennent les moyennes les moins élevées comparativement aux autres villes. Reportons également les résultats d’analyses de corrélations, qui montrent que plus les répondants estiment que les associations sont reconnues, consultées et soutenues, plus leur motivation à s’engager dans l’association est importante (en particulier pour améliorer les politiques de migration, d’intégration et de coopération au développement). Ainsi, la perception de l’importance attribuée au rôle de l’associationnisme sénégalais de la part de l’Etat et des ONG est liée à des motivations visant des pratiques citoyennes dans le contexte d’accueil. De même, elle a un lien positif avec le sentiment d’intégration, et avec l’identification aux ressortissants du pays d’accueil. Ces résultats sont cruciaux, car ils montrent les articulations existantes entre l’importance accordée au rôle de l’associationnisme migrant, dans ce cas sénégalais, et deux dimensions de l’intégration (sentiment d’être intégré et identification aux ressortissants du pays d’accueil), ainsi que par rapport à la motivation à s’engager dans des pratiques citoyennes visant l’amélioration des politiques qui concernent la migration au sens large.
Des dynamiques plus générales, qui traversent cette fois les trois villes, ont été observées en particulier au niveau des liens entre l’intégration et le transnationalisme grâce à d’autres analyses de corrélation. Au niveau des activités associatives, l’on constate que plus les membres associatifs ont accordé d’importance aux activités d’intégration, plus ils ont attaché d’importance aux activités de développement du pays d’origine, ce qui montre la compatibilité entre la double orientation ici et là-bas. Mentionnons encore qu’au niveau individuel, plus on estime être bien intégré dans le pays d’accueil, plus on a l’impression d’avoir gardé un lien fort avec le Sénégal. Ces dynamiques montrent clairement un lien positif entre l’intégration et le transnationalisme auprès de la diaspora sénégalaise associative interrogée, autant au niveau des activités associatives que les membres considèrent comme importantes, qu’au niveau des perceptions individuelles. Il s’agit là d’une confirmation des hypothèses avancées quant à la compatibilité de ce lien, attestant que le transnationalisme sénégalais s’exprime tout particulièrement par le désir d’une double présence ici et là-bas.
Conclusions et recommandations
Plusieurs rapports, conférences, consultations, dialogues internationaux et recommandations ont surgi depuis au moins une décennie au sujet de la relation positive existant entre la diaspora et le développement, notamment en matière de développement socioéconomique, de transfert de fonds et d’expertise, ainsi que de réduction de la pauvreté (Efionayi-Mäder et al. 2008). Ces dialogues, qui s’interrogent sur les stratégies visant à mieux canaliser ces efforts, concernent des thématiques diverses telles que la réduction des coûts liés aux transferts de fonds, l’utilisation ‘productive’ de ces transferts, l’appui à la création d’entreprises, la bancarisation, le transfert de compétence et la ‘circulation des cerveaux’ (de Haas, 2006b). L’approche globale de l’UE en matière de migrations souligne également les avantages d’une démarche centrée sur la diaspora, la mobilité et le soutien aux associations en vue de favoriser leur implication dans le développement. En ce sens, l’intégration dans le contexte d’accueil est perçue par la Commission européenne comme favorable à l’engagement dans le développement, d’où l’importance de promouvoir l’intégration tout en favorisant le maintien des liens avec le pays d’origine. Dans ce cadre, le double rôle des associations de la diaspora autant dans l’intégration que dans le développement est considéré comme bénéfique, et il s’agit en ce sens de l’appuyer et de le reconnaître. Il apparaît également essentiel pour la Commission européenne de favoriser la participation des associations de la diaspora à l’élaboration des politiques en matière d’intégration et de migration/développement (ou co-développement) pour qu’elles soient davantage en syntonie avec leurs pratiques et leurs besoins, ainsi qu’avec leurs critères.
Cette recherche, qui s’est focalisée sur le rôle de l’associationnisme sénégalais dans les villes de Milan, Paris et Genève, a montré les avantages qui découlent de la reconnaissance effective du double rôle des associations, du soutien qu’elles reçoivent, de l’implication dont elles font l’objet au niveau des consultations dans l’élaboration des politiques, qui s’expriment néanmoins encore de manière différentielle selon les contextes. De même, les articulations qui ont été apportées au niveau local dans des pratiques qui visent à la fois l’intégration ici et de développement là-bas sont également à l’œuvre de manière variable dans les contextes urbains considérés. Là où elles sont mises en place, elles contribuent à lier les espaces d’accueil et d’origine en concevant l’intégration et le développement comme des pratiques qui se renforcent mutuellement, ce qui participe à la reconnaissance et à la valorisation du double rôle citoyen des associations, à leur engagement effectif dans des activités ici et là-bas, et donc à leur double présence dans les espaces d’accueil et d’origine. Malgré l’existence de pratiques prometteuses qui articulent les deux domaines et qui s’expriment, comme on l’a vu, surtout au niveau urbain, des visées encore différentes et peu articulées semblent subsister au niveau des secteurs étatiques centraux en charge de la coopération au développement et de l’intégration, et ceci dans tous les pays considérés. Les secteurs de la coopération demeurent encore principalement concernés par les impacts au niveau du développement des contextes d’origine, dans une visée plus ou moins indirecte selon les cas de contribuer à contenir les migrations (si ce n’est à favoriser les retours). Les secteurs de l’intégration sont davantage intéressés par les questions de ‘cohésion de la collectivité’ ou de promotion de l’égalité des chances. Il n’existe donc pas encore une dynamique plus large qui atteste de l’émergence au niveau gouvernemental d’une vision coordonnée de l’intégration et des questions de migration et développement (ou de co-développement). C’est aussi que dans le cadre des directives récentes adoptées à travers toute l’Europe par les politiques d’intégration, où l’ « échec d’intégration » a émergé il y a quelques années en tant que discours public, les dynamiques communautaires et l’orientation vers le pays d’origine sont perçues comme susceptibles de contrecarrer l’intégration dans le contexte d’accueil. Les politiques européennes fondées sur la connaissance de la langue et la promotion des valeurs nationales sont ainsi fondées sur l’opinion selon laquelle l’identité et les pratiques transnationales de la diaspora peuvent constituer une entrave à l’intégration et à la cohésion sociale (Vertovec, 2006). Dès lors, dans les secteurs étatiques en charge de l’intégration, peut subsister encore une certaine méfiance face aux pratiques transnationales, ce qui ne facilite pas l’articulation entre les politiques d’intégration et de co-développement (ou de migration et développement) et la prise en compte de la double visée à la fois d’intégration ici et de développement là-bas. La conception classique de la migration (Alba et Nee, 1997) semble ainsi être toujours à l’œuvre, ce qui se traduit comme discuté par une certaine difficulté à prendre en compte les logiques transnationales qui caractérisent de plus en plus les phénomènes migratoires.
Or il s’agit de constater, comme l’ont montré les résultats de cette étude réalisée auprès d’une diaspora particulièrement caractérisée par le transnationalisme, que l’attachement au pays d’origine et le sentiment intégration, au lieu d’être incompatibles, sont intrinsèquement liés. De même, l’importance similaire attribuée à des activités associatives d’intégration et de développement, et les liens positifs qui les unissent, attestent la compatibilité de l’intégration et du transnationalisme au niveau des orientations associatives. Le lien indissociable et l’impact mutuel des activités d’intégration ici et de développement là-bas est d’ailleurs l’une des revendications majeures des réseaux de migrants (et d’ONG) considérés dans cette étude, comme le FORIM en France, le groupe Migration et Développement de la FGC à Genève, les ONG et les centres de recherche policy oriented italiens, ainsi que des associations de la diaspora sénégalaise investiguées, qui affirment par là le double rôle citoyen des migrants autant dans le pays d’accueil que d’origine. Une meilleure prise en compte de ce lien au niveau de politiques locales et nationales d’intégration et de migration/développement (ou co-développement) s’avère donc essentielle, et devrait s’accompagner d’un décloisonnement entre pratiques et politiques (cf. Mazzucato, 2005). En ce sens, un renforcement des dynamiques participatives de la diaspora au niveau de l’élaboration des politiques d’intégration s’avère nécessaire pour que ses pratiques transnationales et ses doubles allégeances soient prises en compte et valorisées dans le cadre des politiques d’intégration. Les politiques existantes au niveau local mises en évidence dans cette recherche, visant à articuler les pratiques d’intégration et de migration/développement (ou co-développement), sont issues de processus consultatifs entre entités de la société civile, associations de migrants et acteurs étatiques. Ces derniers ont été sensibilisés à ces questions et ont appliqué ces logiques dans leurs programmes locaux. Ces dynamiques montrent l’importance de favoriser les réseaux, les partenariats et les contacts entre les diverses entités impliquées, associations de migrants/diasporas, acteurs étatiques et de la société civile, afin de stimuler les échanges, les expériences et la prise en compte des points de vue respectifs. Peu importe la forme plus ou moins institutionnalisée de ces lieux car, à la lumière des études de cas analysées dans cette recherche, ce qui compte semble être surtout la prise en compte effective des propositions des réseaux associatifs de migrants/diasporas et de la société civile, attestant par là une volonté d’impliquer réellement ces entités dans l’élaboration et l’implémentation des politiques.
L’analyse des pratiques associatives sénégalaises a mis en évidence que le facteur essentiel de la réussite des projets de développement est lié à la mobilité et la mise en relation entre les espaces d’accueil et d’origine (et ses acteurs), que cela soit au niveau des projets de développement local, de la création d’entreprises aussi transnationales ou de la circulation de compétences. La mobilité, ou de manière plus générale le droit à la mobilité (Pécoud et de Guchteneire, 2007), semble être la condition essentielle à toute politique qui envisage la contribution positive de la migration au développement. En ce sens, il apparaît particulièrement important de participer à diffuser au niveau des médias et de la société en général des représentations différentes de la migration que celles présentes actuellement, et qui reflètent l’importance de la mobilité dans le développement, ainsi que le rôle central des organisations des migrants/diasporas autant dans l’intégration que dans le développement. A quelques exceptions près, la relation entre la migration et le développement est la grande absente du traitement médiatique des migrations, et par conséquent auprès de l’opinion publique, malgré la vivacité des débats nationaux et internationaux qui existent dans les milieux spécialisés (cf. Lacroix, 2009).
Ceci étant posé, il s’agit de noter que le discours en vigueur auprès des milieux spécialisés en matière de migration et développement, caractérisé par un « enthousiasme » concernant l’effet positif de la migration, de la diaspora et de ses associations dans le développement, ne doit pas amener à sous-estimer les responsabilités des Etats d’origine au niveau de la création des conditions favorables au développement et de la mise en place d’infrastructures adéquates. Une attention focalisée exclusivement sur le rôle de la diaspora présente le risque de favoriser l’émergence d’une logique néo-libérale qui relègue au deuxième plan les devoirs et les tâches étatiques, où la diaspora est appelée à se substituer de plus en plus à des devoirs qui reviennent en réalité à l’Etat (Kapur, 2003, Maggi et al., 2008). De même, les discours actuels qui visent à canaliser les transferts de fonds individuels ou collectifs en faveur d’investissements davantage productifs paraissent en décalage avec la réalité tant que ne seront pas remplies les conditions générales favorables aux investissements dans le pays d’origine (de Haas, 2012), qui nécessitent des changements structurels et des réformes publiques qui relèvent aussi de questions de bonne gouvernance. Certes, les accords commerciaux au niveau international et bilatéral, ainsi que les politiques d’ajustement structurel initiées par les bailleurs de fonds internationaux, ont considérablement laminé le rôle de l’Etat en tant qu’architecte social (Diop et Faye, 2002). Bien que les apports de la migration au développement soient réels et qu’il soit dès lors important de contribuer à mieux canaliser et appuyer les efforts de la diaspora et ses associations, ceux-ci ne sont pas en mesure de modifier durablement les problèmes structurels. Cela demande des efforts conjoints des la part des Etats d’accueil et d’origine, et la mise en place d’accords internationaux et commerciaux davantage cohérents avec un développement durable.
C’est dans un tel contexte, qui présente encore des entraves à la mise en place de conditions structurelles favorables au développement, que la diaspora sénégalaise ambitionne de jouer un rôle aussi politique et non seulement économique dans le pays d’origine. Les dynamiques de développement et les questions politiques étant souvent imbriquées, la tendance générale observée auprès de la diaspora sénégalaise dans les trois contextes est celle de vouloir jouer un rôle plus incisif au niveau politique auprès du gouvernement sénégalais pour favoriser des conditions structurelles à une politique favorable au développement et aux investissements dans le pays d’origine. C’est notamment le cas du secteur agricole, souvent privilégié par la diaspora sénégalaise autant au niveau des investissements individuels que des projets collectifs. Ce rôle politique, qui s’exerce par des pratiques citoyennes et non pas (seulement) au travers de partis politiques, semble être moins reconnu comme déjà discuté comparativement à son rôle économique, social ou à son expertise, et ceci autant par les gouvernements des pays d’origine et d’accueil que par la recherche dans le domaine de la migration et du développement. Il s’agit cependant là de tendances qui se dessinent et qui représentent de nouvelles pistes de recherche à explorer, visant à étudier de plus près les imbrications entre les rôles économiques, sociaux, intellectuels et politiques joués par la diaspora et ses organisations, et leur impact au niveau d’un développement durable. C’est dans le cadre d’un domaine d’investissement potentiellement capable de générer des ressources et de l’emploi, et qui focalise actuellement toute l’attention de la diaspora sénégalaise – notamment celui de l’agriculture et du développement rural – qu’il s’agira d’analyser l’impact de ces interconnexions dans le prolongement futur de cette recherche.
Recommandations
• Favoriser une véritable implication des associations de migrants/diasporas dans l’élaboration des politiques qui les concernent (intégration et migration/développement ou co-développement), ainsi que dans la définition des critères et des actions.
• Prendre en compte les bénéfices qui découlent de l’importance du rôle attribué aux associations (consultation, soutien et reconnaissance) en termes du sentiment d’intégration et de la motivation à s’engager dans des pratiques citoyennes dans le contexte d’accueil.
• Favoriser l’émergence de lieux d’échange, de consultation et de réflexion entre acteurs étatiques, ONG et associations de migrants/diasporas, pour favoriser l’interconnaissance, l’établissement de relations de confiance et la prise en compte effective des points de vue des uns et des autres au niveau de l’implémentation des politiques et des actions.
• Envisager l’intégration et les pratiques transnationales (p. ex. l’engagement dans le développement) non seulement en tant que compatibles, mais comme indissociables et s’enrichissant mutuellement.
• Développer des pratiques et des projets impliquant à la fois l’intégration ici et le développement là-bas, décloisonner les secteurs étatiques d’intégration et de coopération au développement au niveau local et national.
• Envisager la mobilité en tant que facteur essentiel au développement et à la réussite des activités en faveur du développement.
• Mieux diffuser la relation entre la migration et le développement auprès des médias et de l’opinion publique, ainsi que des représentations positives de la mobilité, des migrants/diasporas et leurs associations, en mettant en évidence leur rôle d’acteurs et de citoyens de l’intégration et du développement ici et là-bas.
• Valoriser le rôle des diasporas et de leurs associations dans le développement sans induire une déresponsabilisation des Etats d’origine dans la création des conditions structurelles favorables au développement, et mieux prendre en compte l’impact des accords internationaux et commerciaux entre les pays du Nord et du Sud sur le développement de ces derniers.
• Intégrer et valoriser le rôle des diasporas dans les décisions politiques qui les concernent autant au niveau du pays d’origine que des conventions relatives aux accords avec les pays de destination, qui ont un impact direct sur les conditions de vie dans le contexte d’accueil.